Histoire et présence musulmane à Turin
Turin n'a aucun patrimoine islamique bâti et n'a jamais été sous domination musulmane. Sa communauté est née de l'immigration des années 1990 — et c'est pourtant l'une des rares villes d'Italie à posséder aujourd'hui une vraie mosquée.
🚫 Aucun monument, mais deux collections qui comptent
Disons-le sans détour : Turin ne conserve aucun monument d'architecture islamique. Son patrimoine est romain, médiéval savoyard, puis baroque et Art nouveau. Les résidences des Savoie sont classées à l'UNESCO depuis 1997 ; aucune n'a de dimension islamique.
Ce qui existe est muséal, et vaut le détour. Le MAO expose des céramiques islamiques du IXᵉ au XVIIᵉ siècle, des velours ottomans et des corans manuscrits en coufique. L'Armurerie royale conserve une collection d'armes orientales constituée dès 1842. En revanche, une confusion fréquente doit être évitée : le Musée égyptien, aussi extraordinaire soit-il, présente un patrimoine pharaonique et copte, antérieur à l'islam.
🤝 Savoie et Sublime Porte : un lien réel mais tardif
L'histoire des relations entre la Maison de Savoie et le monde musulman est mince, et nous préférons le dire plutôt que de la gonfler. Un épisode ancien relève de l'affrontement : en 1366, Amédée VI de Savoie, le « Comte Vert », mène une expédition militaire au secours de l'empereur byzantin à Constantinople.
Le fait le plus notable est beaucoup plus tardif et beaucoup plus cordial : l'Empire ottoman est l'une des puissances qui reconnaissent le tout jeune Royaume d'Italie, et envoie Rustem Pacha comme représentant diplomatique auprès de la cour à Turin dès 1862. Il occupera ce poste près de quinze ans, suivant la capitale à Florence puis à Rome. Aucun traité de commerce ni relation privilégiée n'est en revanche documenté.
🏭 Une communauté née dans les années 1990
L'immigration internationale à Turin est postérieure aux migrations internes : dans les années 1960, le boom de la FIAT attire des dizaines de milliers de travailleurs du sud de l'Italie, qui se retrouvent le dimanche à Porta Palazzo. Les Marocains arrivent au début des années 1990, d'abord dans les logements surpeuplés de ce même quartier.
C'est cette vague qui fait naître la Moschea Omar de San Salvario, quand un appartement de la via Berthollet ne suffit plus. Suivent l'ouverture du Centro Taiba en 2006 à Barriera di Milano, puis l'inauguration de la Moschea Mohammed VI en 2013. Les Marocains sont aujourd'hui la deuxième nationalité étrangère de la ville, devant les Albanais, et le Piémont est la quatrième région musulmane d'Italie.
🏗 Le futur complexe des anciennes fonderies Nebiolo
Le projet le plus ambitieux d'Italie en la matière se trouve à Turin, dans le quartier Aurora, sur le site des anciennes fonderies typographiques Nebiolo, à l'abandon depuis les années 1970. Six mille mètres carrés de terrain, dont environ mille pour la mosquée elle-même, avec une résidence étudiante de 90 lits, une bibliothèque, une salle de sport, un jardin et un minaret technologique.
Le coût est estimé à 17 millions d'euros, dont 8 financés par le Maroc, le reste par des collectes. La chronologie est longue : demande de concession en 2019, approbation municipale en 2022, permis déposé en 2024, projet présenté publiquement le 21 mars 2025 lors d'une rupture du jeûne. Les travaux étaient annoncés pour le milieu de l'année 2026 et la livraison pour la fin 2029. Rien n'est bâti à ce jour — à considérer comme un projet, pas comme une adresse.