Médicis et Mamelouks : les échanges Florence – Caire
Florence n'a jamais été une ville musulmane et ne conserve aucun monument islamique. Ce qu'elle garde du monde musulman n'est pas bâti : ce sont des objets, des livres, des caractères d'imprimerie — et le souvenir d'un commerce intense avec les Mamelouks d'Égypte et les Ottomans.
1384 – 1462 : marchands, traité commercial, Mehmed II
Les liens sont anciens et documentés. Dès 1384, les marchands florentins Frescobaldi, Sigoli et Gucci voyagent au Caire et à Damas et laissent des récits émerveillés devant l'artisanat islamique. En 1422, Florence signe un traité commercial avec le sultan mamelouk. En 1462, Mehmed II devient le premier sultan ottoman à acheter des soieries florentines — ses successeurs suivront pendant soixante-dix ans.
18 novembre 1487 : la girafe de Qāytbāy à Laurent le Magnifique
L'épisode le plus spectaculaire date du 18 novembre 1487 : une girafe offerte par le sultan mamelouk al-Ashraf Qāytbāy est présentée à Laurent le Magnifique place de la Seigneurie. L'animal, acclimaté à Florence, est l'un des premiers vus en Europe depuis l'Antiquité. Il meurt deux mois plus tard — mais il est peint au plafond d'une salle du Palazzo Vecchio, où vous pouvez encore le voir.
Plus tard, l'émir druze du Liban Fakhr al-Dīn II passera cinq années d'exil en Toscane, de 1613 à 1618, logé un temps dans les appartements du Palazzo Vecchio. Il faut aussi dire l'autre versant, sans quoi le tableau serait faux : Cosme Iᵉʳ fonde en 1561 l'ordre de Saint-Étienne, ordre militaire maritime voué à la course contre les navires ottomans et barbaresques, et le bagne de Livourne — dépendant de Florence — comptera jusqu'à deux mille captifs musulmans au début du XVIIᵉ siècle. Commerce et conflit ont coexisté.
1584 – 1594 : les Médicis impriment Avicenne en arabe
En 1584, le cardinal Ferdinando de' Medici, futur grand-duc de Toscane, fonde la Typographia Medicea Orientale, dotée du monopole pontifical pour l'impression en langues orientales. Les caractères arabes sont gravés par le Parisien Robert Granjon, recruté à soixante-douze ans ; le petit caractère arabe est achevé le 6 septembre 1586.
En trente ans, l'atelier publie une vingtaine d'éditions : un Alphabetum Arabicum (1592), l'abrégé de la géographie d'al-Idrīsī (1592), le Canon de la médecine d'Avicenne en arabe (1593), les Éléments d'Euclide dans la version de Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī (1594). L'entreprise est un échec commercial complet : mévente à la foire de Francfort en 1593, et des milliers d'invendus dormaient encore dans des entrepôts florentins au XVIIIᵉ siècle. Les poinçons et les caractères orientaux sont conservés à la Bibliothèque Médicis Laurentienne, piazza San Lorenzo. Ils ne sont pas exposés en permanence : ne faites pas le déplacement pour eux, mais sachez qu'ils sont là.
La communauté d'aujourd'hui, et 2024 comme tournant
La communauté musulmane florentine est récente : la première structure locale se constitue en 1991. Il n'existe pas de statistique religieuse officielle en Italie : les ordres de grandeur cités dans la presse locale avoisinent 30 000 personnes pour Florence et sa province. Les nationalités les plus représentées parmi les résidents étrangers de la commune donnent une idée de la composition : Albanie, Bangladesh, Maroc, Sénégal, Égypte.
La Comunità Islamica di Firenze e Toscana en est la structure de référence. Pendant plus de vingt ans, la communauté a prié dans un ancien garage du Borgo Allegri, sous menace d'expulsion depuis décembre 2022. Le tournant intervient en 2023 avec le rachat d'une ancienne agence bancaire pour 1 251 000 €, puis le 5 avril 2024 avec la première prière dans le nouveau lieu, via dei Martiri del Popolo.
📜 Et Lucera, à 400 km au sud
Le véritable épisode d'État musulman d'Italie continentale ne se joue pas à Florence mais à Lucera, dans les Pouilles. À partir de 1220, Frédéric II y déporte les musulmans de Sicile ; une colonie d'environ vingt mille personnes avec mosquée, écoles coraniques, qāḍī et foire annuelle. En août 1300, Charles II d'Anjou fait prendre la ville : massacre, mise en esclavage, mosquées détruites. Aucun vestige musulman identifiable ne subsiste.