Histoire et liens de Florence avec le monde musulman
Florence n'a jamais été une ville musulmane et ne conserve aucun monument islamique. Ce qu'elle garde du monde musulman n'est pas bâti : ce sont des objets, des livres, des étoffes — et des caractères d'imprimerie.
🚫 Aucun patrimoine bâti — et pourquoi c'est utile de le dire
Disons-le sans détour : Florence n'a aucun patrimoine islamique bâti. Pas de mosquée historique, pas d'architecture arabo-normande, aucun vestige. La ville n'a jamais été sous domination musulmane. Le contraste est net avec la Sicile, dont l'ensemble « Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalù et Monreale » est inscrit à l'UNESCO depuis 2015.
Une précision historique mérite d'être connue, parce qu'elle est peu glorieuse et rarement dite : les seuls lieux de prière musulmans historiquement attestés en Toscane se trouvaient au bagne de Livourne — des salles réservées aux captifs employés aux galères, avec un ministre du culte que l'on appelait le « coggia ». Le complexe a été supprimé en 1766 et démoli dans les années 1930. Il n'en reste rien.
📜 1584 : les Médicis impriment Avicenne en arabe
C'est l'épisode le plus étonnant, et personne n'en parle. En 1584, le cardinal Ferdinando de' Medici — futur grand-duc de Toscane — fonde la Typographia Medicea Orientale, dotée du monopole pontifical pour l'impression en langues orientales. Les caractères arabes sont gravés par le Parisien Robert Granjon, recruté à soixante-douze ans : le petit caractère arabe est achevé le 6 septembre 1586.
En trente ans, l'atelier publie une vingtaine d'éditions, dont un Alphabetum Arabicum (1592), l'abrégé de la géographie d'al-Idrīsī (1592), le Canon de la médecine d'Avicenne en arabe (1593), et les Éléments d'Euclide dans la version de Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī (1594). L'entreprise est un échec commercial complet : mévente à la foire de Francfort en 1593, et des milliers d'invendus dormaient encore dans des entrepôts florentins au XVIIIᵉ siècle.
Ce qui reste aujourd'hui : les poinçons et les caractères orientaux sont conservés à la Bibliothèque Médicis Laurentienne, piazza San Lorenzo. Ils ne sont pas exposés en permanence — ne faites pas le déplacement pour eux, mais sachez qu'ils sont là.
🦒 Les Médicis, les Mamelouks et les Ottomans
Les liens sont anciens et documentés. Dès 1384, les marchands florentins Frescobaldi, Sigoli et Gucci voyagent au Caire et à Damas et laissent des récits émerveillés devant l'artisanat islamique. En 1422, Florence signe un traité commercial avec le sultan mamelouk. En 1462, Mehmed II devient le premier sultan ottoman à acheter des soieries florentines — ses successeurs suivront pendant soixante-dix ans.
L'épisode le plus spectaculaire date du 18 novembre 1487 : une girafe offerte par le sultan mamelouk Qāytbāy est présentée à Laurent le Magnifique place de la Seigneurie. L'animal meurt deux mois plus tard — mais il est peint au plafond d'une salle du Palazzo Vecchio, où vous pouvez encore le voir. Plus tard, l'émir druze du Liban Fakhr al-Dīn II passera cinq années d'exil en Toscane, de 1613 à 1618, logé un temps dans les appartements du Palazzo Vecchio.
Il faut aussi dire l'autre versant, sans quoi le tableau serait faux : Cosme Iᵉʳ fonde en 1561 l'ordre de Saint-Étienne, ordre militaire maritime voué à la course contre les navires ottomans et barbaresques, et le bagne de Livourne comptera jusqu'à deux mille captifs musulmans au début du XVIIᵉ siècle. Commerce et conflit ont coexisté.
🕌 La communauté d'aujourd'hui, et 2024 comme tournant
La communauté musulmane florentine est récente : la première structure locale se constitue en 1991, et l'estimation la plus citée est d'environ 30 000 personnes pour Florence et sa province. Les nationalités les plus représentées parmi les résidents étrangers de la commune donnent une bonne idée de sa composition : Albanie, Bangladesh, Maroc, Sénégal, Égypte. La Comunità Islamica di Firenze e Toscana en est la structure de référence, avec l'imam Izzedin Elzir, né à Hébron, imam de Florence depuis 2001.
Pendant plus de vingt ans, la communauté a prié dans un ancien garage du Borgo Allegri, sous menace d'expulsion depuis décembre 2022. Le tournant intervient en 2023 avec le rachat d'une ancienne agence bancaire pour 1 251 000 €, puis le 5 avril 2024 avec la première prière dans le nouveau lieu. C'est modeste — une salle sur deux niveaux, sans minaret — mais c'est le premier lieu de culte que la communauté possède en propre après vingt ans de précarité. Attention : d'anciennes fiches, y compris officielles, renvoient encore au Borgo Allegri. C'est la via dei Martiri del Popolo qu'il faut retenir.