Histoire et présence musulmane à Rome
Rome n'a jamais été une ville musulmane — contrairement à Palerme ou à Cordoue. Sa communauté est récente, née des migrations du XXᵉ siècle, et s'est dotée en 1995 du plus vaste édifice islamique d'Europe.
⚓ 846 : le raid arabe et la muraille léonine
Les relations entre la Ville éternelle et le monde islamique ont longtemps relevé de la diplomatie, du commerce et parfois du conflit. L'épisode le plus marquant reste le raid de 846 : des navires partis de Sicile — alors sous domination musulmane — remontent le Tibre et pillent les basiliques situées hors des murs, dont Saint-Pierre, qui n'était pas encore protégée par une enceinte.
C'est en réponse directe à cet événement que le pape Léon IV fait édifier la muraille léonine autour de la colline vaticane, achevée en 852. Encore visible aujourd'hui, elle constitue le seul héritage bâti que Rome doive à son contact avec le monde musulman médiéval : un ouvrage défensif, et non un monument islamique.
🛬 Une communauté née au XXᵉ siècle
La présence musulmane contemporaine à Rome est récente. Elle se structure à partir des années 1960-1970 autour d'étudiants et de diplomates venus du monde arabe, avant d'être profondément transformée par les vagues migratoires des décennies suivantes : Maghreb, Bangladesh, Pakistan, Égypte, puis Afrique subsaharienne.
L'islam est aujourd'hui la deuxième religion d'Italie. À Rome, la communauté est nombreuse mais dispersée dans toute l'agglomération, sans quartier « musulman » au sens où l'entendraient Marseille ou Bruxelles — l'Esquilino en est l'expression la plus visible, sans être un quartier communautaire.
🕌 1974-1995 : la plus grande mosquée d'Europe
Le tournant institutionnel intervient en 1974, lorsque la Ville de Rome cède un terrain à la communauté musulmane pour y bâtir un lieu de culte. Le projet, confié à l'architecte italien Paolo Portoghesi avec Vittorio Gigliotti et Sami Mousawi, met dix ans à démarrer : le chantier s'ouvre en 1984 et s'achève en 1995.
La Grande Mosquée de Rome devient alors le plus vaste édifice islamique d'Europe : plus de 30 000 m² de terrain, une salle pouvant accueillir jusqu'à 12 000 fidèles, un minaret de 43 mètres et une forêt de colonnes évoquant des palmiers. Sa construction dans la ville du Vatican a valeur de symbole, et elle est régulièrement citée comme un exemple de coexistence.
🛒 L'Esquilino, cœur battant du Rome cosmopolite
Au quotidien, c'est pourtant à l'Esquilino que la vie musulmane romaine est la plus tangible. Autour de la piazza Vittorio Emanuele II — la plus grande place de Rome — les commerces, boucheries et restaurants tenus par des familles bangladaises, égyptiennes, marocaines ou pakistanaises composent le quartier le plus cosmopolite de la capitale.
Pour le voyageur musulman, c'est un atout très concret : on y trouve de quoi manger halal sans chercher, des épiceries ouvertes tard, et une atmosphère familière — le tout à dix minutes à pied de Santa Maria Maggiore et à un quart d'heure du Colisée. Aucun autre quartier de Rome n'offre cette combinaison.