Histoire et présence musulmane à Naples
Naples a une histoire méditerranéenne dense avec le monde musulman — faite d'alliances, de guerres et de commerce. Mais elle n'a jamais été une ville musulmane, et n'en conserve aucun monument. Sa communauté actuelle est née des migrations des années 1980.
⚓ IXᵉ-Xᵉ siècles : le duché de Naples, allié et adversaire
C'est une histoire d'alliance de circonstance, pas d'implantation. À partir de 836, les Napolitains, menacés par les princes de Bénévent, s'allient aux Sarrasins et les engagent comme mercenaires. L'alliance est efficace — c'est grâce à elle que les hostilités cessent et que le duché, jusque-là électif, devient héréditaire — mais les chroniques notent aussi que ce passage est marqué par des razzias.
Naples combat pourtant ces mêmes puissances quelques années plus tard. En 849, la ligue campane — Naples, Amalfi, Sorrente, Gaète — anéantit une flotte sarrasine à la bataille d'Ostie, épisode que Raphaël peindra au Vatican. En 915, la victoire du Garigliano est remportée par une ligue plus large réunie par le pape Jean X. Alliance et guerre ont coexisté : c'est de la diplomatie méditerranéenne, pas une présence installée.
🏰 Lucera, la seule colonie musulmane d'Italie continentale — et elle n'est pas à Naples
Nous le précisons parce que la confusion est fréquente : l'unique implantation musulmane durable et organisée d'Italie continentale s'est trouvée à Lucera, dans les Pouilles, à quelque cent cinquante kilomètres de Naples. À partir de 1220, Frédéric II y déporte les musulmans siciliens révoltés ; un décret de 1239 confine tous les musulmans continentaux à cette seule ville.
La Lucera Saracenorum compte selon les estimations les plus sérieuses 35 000 à 40 000 habitants, avec une mosquée du vendredi, des écoles coraniques, un institut scientifique, un qadi rendant la justice et une autonomie administrative. Elle fournit aussi la réserve d'archers de Frédéric II puis des Angevins. Le 15 août 1300, sous Charles II d'Anjou, la ville est prise par ruse : suivent neuf jours de massacres, la mosquée est détruite, environ dix mille personnes sont vendues comme esclaves. Il ne reste rien de visible aujourd'hui — la destruction a effacé les traces.
📚 Frédéric II et le Studium de Naples — ce qui est vrai, et ce qui ne l'est pas
Frédéric II fonde le Studium de Naples le 5 juin 1224 : c'est la première université laïque d'État d'Europe, créée par volonté impériale et non par une corporation ou un ordre religieux. Sa cour est par ailleurs un lieu réel de circulation du savoir arabe : Michele Scoto y traduit d'arabe en latin des œuvres d'Aristote, d'al-Biṭrūjī, d'Avicenne et les commentaires d'Averroès. Côté diplomatie, l'empereur entretient une correspondance suivie avec le sultan ayyoubide al-Kamil, et obtient Jérusalem par le traité de Jaffa du 18 février 1229 — sans combattre.
Mais soyons précis, parce qu'on lit souvent le contraire : rien ne documente l'envoi de manuscrits arabes ni un enseignement d'Averroès ou d'Avicenne au Studium de Naples. L'activité de Michele Scoto se situe à Tolède, puis à Palerme. Le lien napolitain est celui d'une fondation, pas d'un transfert de bibliothèque.
🚫 Aucun patrimoine bâti — et une communauté née dans les années 1980
Il n'existe à Naples aucune mosquée historique, aucun monument d'architecture islamique, aucun vestige religieux musulman. Les salles de prière actuelles occupent des bâtiments chrétiens reconvertis — l'ancien couvent jésuite du Carminiello — ou des locaux ordinaires. Le plus proche parent se trouve d'ailleurs à Amalfi, où le Chiostro del Paradiso (1266-1268) déploie des arcs brisés entrelacés de facture mauresque sur cent vingt colonnes. C'est un cloître chrétien commandité par un archevêque : un fait d'histoire de l'art, en aucun cas un service.
L'islam arrive à Naples dans les valises des migrants, au début des années 1980, d'abord confiné à l'espace privé. L'ouverture des premières salles de prière au début des années 1990 marque son entrée dans l'espace public et le début de la stabilisation : la Comunità Islamica di Napoli naît en 1990, l'association Zayd Ibn Thabit en 1997. Aujourd'hui, la communauté est estimée entre vingt et cinquante mille personnes, majoritairement pakistanaise et bangladaise, installée à piazza Garibaldi, au Vasto, à San Lorenzo et à Poggioreale. Un manque persiste, et il est concret : Naples n'a toujours pas de cimetière musulman.