Histoire et présence musulmane à Milan
Disons-le franchement : Milan n'a aucun patrimoine islamique bâti. La ville n'a jamais été sous domination musulmane, et sa communauté est née de l'industrie du XXᵉ siècle. C'est aujourd'hui le premier pôle musulman d'Italie — sans un seul édifice de culte dans ses murs.
🚫 Aucun patrimoine islamique — et c'est une information utile
Contrairement à Palerme, à Cordoue ou à Grenade, Milan ne conserve aucun monument, aucune mosquée historique, aucun vestige architectural issu du monde musulman. La ville n'a jamais fait partie du monde islamique médiéval : la présence musulmane en Italie s'est concentrée en Sicile, puis à Lucera dans les Pouilles, dont les mosquées ont été détruites vers 1300.
Nous le disons parce que c'est une information de voyage, pas une lacune à combler : un voyageur qui cherche à Milan des traces bâties de l'islam n'en trouvera pas. Ce qu'il trouvera, en revanche, ce sont des collections — les manuscrits arabes de l'Ambrosiana, les tapis persans du Poldi Pezzoli — et une vie musulmane contemporaine très concrète, du côté de Porta Venezia et de la via Padova.
🏭 Une communauté née de l'industrie
Le premier lieu structuré remonte à 1974 : le Centro Islamico di Milano e Lombardia naît alors comme simple salle de prière où se croisent immigrés et convertis italiens — c'est la première organisation musulmane de Lombardie. Au début des années 1980, Milan, premier centre industriel du pays, devient la destination privilégiée de milliers de travailleurs venus d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Aujourd'hui, la population musulmane de Milan et de sa province est estimée entre 80 000 et 100 000 personnes — il n'existe pas de statistique religieuse officielle en Italie. La donnée la plus solide est ailleurs : les Égyptiens forment la première communauté étrangère de la ville, avec 15,6 % de l'ensemble des résidents étrangers, devant les Philippins et les Chinois. C'est ce qui explique la présence de cuisine égyptienne — le koshari notamment — sur la via Padova. À l'échelle régionale, un musulman d'Italie sur quatre vit en Lombardie.
🕌 1988 : la première mosquée d'Italie depuis le Moyen Âge
Le tournant se joue hors de Milan. En 1987 s'ouvre à Segrate, dans la banlieue est, le chantier d'un édifice conçu dès l'origine comme une mosquée. Inaugurée le 28 mai 1988, la mosquée al-Rahman devient la première mosquée bâtie en Italie avec coupole et minaret depuis la disparition des mosquées de Lucera, vers 1300.
Les dimensions restent modestes — une coupole de six mètres de diamètre, un minaret de vingt-cinq, une salle d'environ cent cinquante fidèles — mais la portée symbolique est considérable. Le centre qui la gère assure aussi des services très concrets pour les familles : abattage rituel, services funéraires, gestion des carrés musulmans des cimetières milanais de Lambrate et Bruzzano.
🏗 La grande mosquée de Milan, chantier au long cours
En décembre 2014, la Ville lance un appel d'offres portant sur trois terrains destinés à accueillir enfin un vrai lieu de culte musulman. Le projet s'enlise dans les recours et les complications administratives, avant de repartir en août 2023 : les anciens bains publics de la via Esterle, dans le quartier de la via Padova, sont attribués à la Casa della Cultura Musulmana pour trente ans.
Le projet présenté en avril 2024 prévoyait deux niveaux de prière, environ 750 m² couverts, une coupole et pas de minaret, pour près d'un millier de fidèles par tour de prière. Il a depuis été réduit d'environ 35 % et repoussé — l'horizon réaliste évoqué est 2028-2029 au plus tôt. En attendant, la deuxième religion de Milan continue de se réunir dans des salles aménagées : c'est la réalité qu'un voyageur doit connaître avant d'arriver.