Ortigia, 878 et après : Syracuse entre Byzance, Islam et Normands
Deux siècles pendant lesquels Syracuse appartient à l'émirat de Sicile, mais une trace matérielle quasi inexistante : voici ce que l'historiographie dit, et ce qu'elle ne dit pas.
Avant 878 : la cité byzantine assiégée
La conquête aghlabide de la Sicile commence en 827 depuis l'Ifriqiya. Palerme tombe en 831, mais Syracuse — alors un des grands ports byzantins de la Méditerranée — tient longtemps. La ville est prise le 21 mai 878, après un long siège. Les sources arabes et grecques (Théodose le Moine, moine syracusain prisonnier à ce moment, en laisse un récit) décrivent une prise brutale, assortie d'un massacre d'une partie de la population. Le fait est documenté ; nous le rapportons tel que l'historiographie le rapporte, sans commentaire.
L'émirat (878-1086) et ce qu'il en reste
Syracuse est intégrée à l'émirat de Sicile, nommée Sarqūsa dans les sources arabes. Elle n'est plus la capitale (c'est Palerme, « Balarm »), mais reste un port actif. La population locale cohabite avec les nouveaux venus arabes et berbères, et une partie se convertit à l'islam dans le siècle qui suit.
La grande mosquée de la ville est historiquement identifiée dans le secteur du duomo actuel d'Ortigia — l'identification est admise par l'historiographie, mais aucun vestige architectural islamique ne subsiste sur place. Les traces matérielles de l'émirat à Syracuse sont essentiellement toponymiques (Scala Greca, Scala Araba, Mazzarona) et agricoles (irrigation, cultures d'agrumes et de riz introduites durant cette période). Le passage par la domination musulmane n'a pas laissé de monument identifiable aujourd'hui.
1038-1040 : la parenthèse Maniakès
Entre 1038 et 1040, le général byzantin Georges Maniakès tente de reconquérir la Sicile pour Constantinople. Il reprend Syracuse à l'émirat, avant d'être rappelé à la cour byzantine et de voir ses conquêtes se défaire. L'épisode est pré-arabo-normand : il relève de la Byzance anti-musulmane, pas des Hauteville. Le Castello Maniace au bout d'Ortigia porte son nom, mais c'est Frédéric II de Hohenstaufen qui en fait ordonner la construction vers 1232-1240, deux siècles plus tard.
Normands puis après : la trace s'efface
Les Normands de Hauteville prennent Syracuse en 1086. À la différence de Palerme, Monreale ou Cefalù, où un art dit « arabo-normand » se développe (artisans arabes au service de rois chrétiens), Syracuse ne conserve pas de monument de cette veine. L'identité de la ville, après la conquête, se recompose autour du christianisme oriental puis latin, puis au gré du séisme de 1693 et de la reconstruction baroque qui en découle. Syracuse n'appartient pas au bien UNESCO Val di Noto (2002, qui regroupe Caltagirone, Militello, Catane, Modica, Noto, Palazzolo Acreide, Raguse et Scicli) : elle a son propre bien UNESCO 2005, avec la nécropole de Pantalica.
📜 UNESCO : Syracuse et la nécropole rocheuse de Pantalica
Syracuse est inscrite au patrimoine mondial depuis 2005, dans un bien double qui associe la cité (Néapolis, Ortigia) et la nécropole rupestre de Pantalica, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest. L'inscription couvre essentiellement l'antiquité grecque et romaine et la préhistoire sicilienne : la période islamique n'y est pas célébrée en tant que telle, faute de vestiges bâtis.