Histoire et héritage islamique en Sicile orientale
La Sicile a été gouvernée par des émirs musulmans pendant plus de deux siècles, et Catane en a fait partie. Mais il n'en reste rien de bâti : le séisme de 1693 a rasé la ville, qui a été entièrement reconstruite en baroque. C'est une réponse franche, et elle évite une déception.
🗓 900 : Catane tombe, tardivement
La conquête islamique de la Sicile s'étale sur cent trente-huit ans, à partir du débarquement de 827. Catane est prise en 900, dans la campagne menée par l'émir aghlabide Ibrāhīm II et son fils. La chronologie des dernières places byzantines est éclairante : Syracuse tombe en 878, Catane en 900, Taormine en 902, et la dernière place forte de l'île en 965.
Autrement dit, Catane est conquise tardivement et n'a jamais été une capitale : c'est Palerme, sous le nom de Balarm, qui était le centre de l'émirat. La domination musulmane s'achève avec la conquête normande, à la fin du XIᵉ siècle.
🌋 Pourquoi il ne reste rien
Deux destructions successives expliquent le vide. D'abord les reconstructions médiévales et modernes. Ensuite et surtout le séisme du Val di Noto, le 11 janvier 1693, qui rase Catane. La ville est intégralement rebâtie en baroque tardif au XVIIIᵉ siècle — et c'est ce baroque, non un héritage arabe, qui fait aujourd'hui sa valeur patrimoniale, les villes baroques du Val di Noto étant classées à l'UNESCO.
Le constat est donc net : aucun édifice, aucune mosquée ancienne, aucun hammam, aucun vestige d'urbanisme islamique n'est conservé à Catane. Nous préférons le dire clairement plutôt que de laisser espérer. Ce qui subsiste de la période musulmane en Sicile est immatériel : le lexique sicilien, très riche en arabismes, et la toponymie de l'île — mais les grands toponymes arabes ne sont pas ici. Ils sont à Calatabiano et Caltagirone dans la province, à Marsala, Mazara, Alcamo ailleurs sur l'île. Le nom même de Catane est pré-romain.
🕌 Où se trouve vraiment le patrimoine arabo-normand
Il faut être explicite, sinon le voyageur sera déçu. L'ensemble inscrit à l'UNESCO en 2015 sous le titre « Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalù et Monreale » réunit neuf monuments : le Palais Royal et sa Chapelle Palatine, San Giovanni degli Eremiti, la Martorana, San Cataldo, la Zisa, le Ponte dell'Ammiraglio, la cathédrale de Palerme, celle de Cefalù et le Duomo de Monreale. Palerme est à environ 190 km de Catane, soit un peu plus de deux heures de route — une excursion à la journée est possible mais longue, deux jours sont plus confortables.
Et une précision qui vaut pour toute cette section : ces monuments sont des églises et cathédrales catholiques en activité, ou des palais muséifiés. L'art y est d'inspiration islamique — muqarnas, inscriptions coufiques, plafonds à stalactites — mais ce ne sont en aucun cas des lieux de prière musulmans. Pour une présence musulmane à la fois patrimoniale et vivante, c'est à Mazara del Vallo qu'il faut aller, à l'autre bout de l'île : sa casbah abrite la plus importante communauté tunisienne d'Italie, et une mosquée y jouxte une église.
🛬 La communauté d'aujourd'hui, et deux mosquées qui racontent une histoire
La communauté musulmane de Catane est récente et issue de l'immigration. Les nationalités clairement majoritaires côté musulman sont le Bangladesh et le Sénégal, avec des Tunisiens, Marocains, Égyptiens et Gambiens en effectifs plus faibles. Un chiffre de dix mille musulmans circule dans la presse et dans la communauté : c'est une auto-estimation couvrant la ville et la province, pas un décompte — l'Italie ne recense pas la religion.
Deux mosquées résument son parcours. La Moschea di Omar, ouverte en décembre 1980 avec un minaret, fut la première d'Italie à l'époque contemporaine — mais elle a été fermée au culte en 1990 et n'est plus qu'un monument. Il a fallu attendre 2012 et la Moschea della Misericordia, aménagée dans un ancien théâtre et financée par la communauté elle-même, pour que Catane retrouve un vrai lieu de culte. C'est aujourd'hui le plus grand du sud de l'Italie, et il abrite une cantine solidaire ouverte à tous.