Histoire et savoirs : Bologne et le monde musulman
Bologne n'a jamais été sous domination musulmane et n'a aucun monument islamique. Son lien avec le monde musulman n'est pas fait de pierres mais de livres — l'université y enseignait la médecine d'Avicenne dès le XIIIᵉ siècle, et sa bibliothèque conserve l'une des plus riches collections de manuscrits arabes d'Italie.
🚫 Aucun patrimoine bâti — le lien est ailleurs
Disons-le sans ambiguïté : Bologne n'a aucun patrimoine islamique bâti. Pas de mosquée ancienne, pas de quartier arabe historique, aucun vestige architectural. La ville est étrusque, romaine, puis médiévale et pontificale. Aucun monument bolonais ne peut servir d'argument de service religieux.
Ce qui existe est d'un autre ordre, et c'est peut-être plus intéressant : de la transmission de savoir et des collections d'objets. Une précision au passage, parce que la confusion circule : le « plus vieux Coran du monde » n'est pas à Bologne — c'est le manuscrit conservé à Birmingham, identifié par une chercheuse italienne et daté au carbone 14 entre 568 et 645. Le lien bolonais est réel, mais c'est autre chose.
🩺 1260 : Avicenne devient le manuel de médecine de Bologne
L'université de Bologne, traditionnellement datée de 1088, est considérée comme la plus ancienne d'Europe en activité continue. Et c'est là que se joue le lien le plus solide avec le monde musulman.
En 1260, le médecin Taddeo Alderotti introduit à Bologne le Canon de la médecine d'Avicenne — Ibn Sīnā — comme texte de base de l'enseignement médical. Rédigé vers 1030 et traduit en latin au XIIᵉ siècle, le Qānūn restera un manuel de référence dans les universités européennes jusqu'à l'époque moderne. Autrement dit : pendant plusieurs siècles, on a appris la médecine à Bologne dans un traité écrit en arabe par un savant persan.
📜 Les 900 manuscrits orientaux de Luigi Ferdinando Marsili
La Bibliothèque universitaire, via Zamboni, conserve le fonds réuni par Luigi Ferdinando Marsili (1658-1730), militaire et savant bolonais qui fonda en 1712 l'Institut des sciences auquel il légua ses collections : environ 900 manuscrits orientaux, dont plus de quatre cents manuscrits arabes, environ deux cents turcs et une vingtaine de persans.
C'est l'une des plus importantes collections de manuscrits arabes des bibliothèques italiennes, et une part significative en est constituée de manuscrits coraniques, du IXᵉ au XVIIᵉ siècle et au-delà, d'origines très diverses. Une exposition leur a été consacrée par la bibliothèque avec les départements d'études orientales de l'université, et un catalogue des manuscrits islamiques a été publié en 2017. C'est une bibliothèque de recherche : vérifiez les conditions d'accès avant de vous déplacer.
🏘 Une communauté sud-asiatique, et un projet à l'arrêt
L'Émilie-Romagne est la deuxième région musulmane d'Italie après la Lombardie. À Bologne, la communauté s'est structurée à partir de la fin des années 1980, et sa composition a changé : historiquement marocaine et albanaise, elle est aujourd'hui portée par une forte croissance bangladaise et pakistanaise — ces deux nationalités comptent près de dix mille résidents dans la commune. C'est ce qui explique que la restauration halal locale soit indo-pakistanaise plutôt que maghrébine.
Le quartier de la Bolognina, derrière la gare, en est le centre de gravité, avec ses boucheries et ses commerces. Quant au projet de mosquée qui revient périodiquement dans le débat local, la position de la communauté est claire et rarement rapportée : son président a déclaré ne pas vouloir de grande mosquée, ni minaret ni coupole, mais simplement requalifier le centre existant — l'idée d'un lieu de culte unique ayant été abandonnée parce qu'il serait trop éloigné pour une grande partie des fidèles.