Palerme arabo-normande désigne l’ensemble des monuments bâtis en Sicile entre le XIe et le XIIe siècle par des rois normands qui ont fait travailler des artisans, des architectes et des lettrés musulmans. L’héritage musulman de Palerme ne se limite pourtant pas à ces coupoles rouges et à ces plafonds sculptés : pendant plus de deux siècles, la ville a été la capitale d’un émirat, l’une des cités les plus peuplées de la Méditerranée, avec des mosquées, des souks, des jardins irrigués et une vie savante qui regardait vers Kairouan, Le Caire et Cordoue.
Beaucoup de voyageurs musulmans arrivent à Palerme en pensant visiter « une ville italienne avec quelques traces arabes ». Ils repartent avec une impression très différente. Les noms de quartiers, les inscriptions coufiques au plafond d’une chapelle royale, la manière dont l’eau circule sous la ville, les pâtisseries aux amandes et à la pistache : tout raconte une Sicile qui a longtemps parlé arabe. Les retours convergent sur un point précis : à Palerme, on ne cherche pas l’héritage islamique, on marche dessus.
Il faut toutefois poser une distinction dès le départ, parce qu’elle conditionne toute votre visite. Les monuments arabo-normands sont aujourd’hui des églises catholiques en activité ou des sites muséifiés. Aucun n’est un lieu de culte musulman. La vie musulmane contemporaine de Palerme existe bel et bien, mais elle se trouve ailleurs, dans les marchés populaires du centre historique. Ce guide vous accompagne sur les deux plans : comprendre ce que la ville doit à son passé islamique, puis organiser concrètement un séjour serein, de la prière aux repas.
Si l’Italie vous tente plus largement, notre guide du voyage muslim-friendly en Italie présente les grandes villes de la péninsule et des îles, de Venise à la Sicile.
Deux siècles d’émirat : comment la Sicile est devenue musulmane
De Kairouan à Mazara : le débarquement de 827
L’histoire commence en Ifriqiya, l’actuelle Tunisie. En 827, une flotte envoyée par la dynastie des Aghlabides, qui gouvernait depuis Kairouan, débarque à Mazara, sur la côte sud-ouest de la Sicile. L’île est alors byzantine. La conquête sera longue, plus de soixante-dix ans de campagnes, mais Palerme tombe dès 831. La ville devient rapidement le centre du pouvoir musulman sur l’île, au détriment de Syracuse, l’ancienne capitale byzantine.
Ce lien avec la Tunisie est essentiel pour comprendre Palerme. Les premiers gouverneurs, les juristes, les soldats et une bonne partie des colons venaient d’Ifriqiya. Si vous connaissez déjà la grande mosquée de Kairouan, quatrième ville sainte de l’islam, vous tenez l’une des clés de lecture de la Sicile médiévale : c’est de là que sont partis les hommes qui ont transformé l’île.
Les Kalbides et l’âge d’or de Balarm
Au Xe siècle, après la chute des Aghlabides, la Sicile passe dans l’orbite des Fatimides. Ceux-ci confient le gouvernement de l’île à la famille des Kalbides, qui règne en quasi-autonomie de 948 jusqu’au milieu du XIe siècle. C’est l’âge d’or de Balarm, le nom arabe de Palerme.
Le géographe et voyageur Ibn Hawqal, qui visite la ville dans les années 970, en laisse une description restée célèbre chez les historiens. Il y décrit plusieurs quartiers distincts, des marchés spécialisés, une population nombreuse et un nombre de mosquées qu’il estime à plus de trois cents. Les spécialistes considèrent ce chiffre avec prudence, mais il traduit une réalité : Palerme était alors une métropole comparable aux grandes villes de l’Occident musulman, et bien plus peuplée que la plupart des villes chrétiennes d’Europe à la même époque.

C’est aussi à cette période que les émirs fondent une cité palatiale fortifiée au bord de la mer, al-Khalisa (الخالصة), « l’Élue ». Son nom survit encore aujourd’hui dans celui du quartier de la Kalsa.
1072 : les Normands entrent dans Palerme
Au XIe siècle, l’émirat se fragmente en petites principautés rivales. Des chevaliers normands venus du sud de l’Italie, menés par Roger de Hauteville et son frère Robert Guiscard, profitent de ces divisions. Palerme tombe en 1072, et la conquête de l’île s’achève en 1091.
Ce qui suit est unique dans l’histoire médiévale. Plutôt que de chasser la population musulmane, les nouveaux maîtres s’appuient sur elle. Les musulmans restent majoritaires dans une grande partie de l’île pendant des décennies. L’administration fiscale continue de fonctionner en arabe, les ingénieurs et les artisans poursuivent leur travail, et le roi Roger II (couronné en 1130) s’entoure de lettrés musulmans, grecs et latins. C’est de ce moment que naît le style dit arabo-normand.
Le tableau ci-dessous résume cette chronologie, souvent survolée par les guides touristiques.
| Période | Pouvoir en place | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|---|
| 827 | Aghlabides (Kairouan) | Débarquement à Mazara, début de la conquête |
| 831 | Aghlabides | Prise de Palerme, qui devient capitale |
| 948 à milieu du XIe siècle | Kalbides (sous suzeraineté fatimide) | Âge d’or de Balarm, fondation d’al-Khalisa |
| 1072 | Normands | Prise de Palerme par Roger et Robert Guiscard |
| 1130 à 1154 | Roger II | Apogée de la cour arabo-normande |
| 1154 à 1189 | Guillaume Ier et Guillaume II | Construction de la Zisa, de la Cuba, de Monreale |
| Années 1220 à 1240 | Frédéric II | Déportation des derniers musulmans siciliens vers Lucera (Pouilles) |
La fin est moins lumineuse que le début. Sous les successeurs des Normands, la situation des musulmans se dégrade, des révoltes éclatent dans l’arrière-pays, et l’empereur Frédéric II fait déporter les derniers musulmans de l’île vers Lucera, dans les Pouilles, où la communauté subsiste jusqu’en 1300. L’islam sicilien médiéval s’éteint alors, mais ses traces, elles, ne disparaissent pas.
Ce que l’UNESCO a reconnu en 2015
En 2015, l’UNESCO a inscrit au patrimoine mondial un ensemble intitulé « Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalù et Monreale ». Le bien regroupe neuf monuments : à Palerme, deux palais, trois églises, une cathédrale et un pont, auxquels s’ajoutent les cathédrales des deux villes voisines. L’organisation y voit un exemple de syncrétisme entre cultures occidentale, islamique et byzantine, et le témoignage d’une coexistence entre populations musulmanes, byzantines, latines et juives.
Le mot « syncrétisme » est important. Il ne s’agit pas de mosquées converties à la hâte, mais d’une architecture nouvelle, conçue sous des rois chrétiens et réalisée en grande partie par des mains formées dans la tradition islamique. Voici les monuments à connaître, avec ce qu’il faut regarder en priorité.
| Monument | Date de construction | Ce qui relève de l’héritage musulman |
|---|---|---|
| Palais des Normands et Chapelle Palatine | Palais d’origine émirale, chapelle consacrée en 1140 | Plafond en muqarnas peint, inscriptions coufiques, décor d’inspiration fatimide |
| Cathédrale de Palerme | 1185, sur le site de l’ancienne grande mosquée | Colonne du portique portant une inscription arabe, décor extérieur en arcs entrelacés |
| Saint-Jean-des-Ermites | Vers 1140 | Coupoles rouges hémisphériques, volumes cubiques, cloître-jardin |
| La Martorana (Santa Maria dell’Ammiraglio) | 1143 | Fondée par Georges d’Antioche, amiral de Roger II, inscriptions arabes sur le bois |
| San Cataldo | Vers 1160 | Trois coupoles rouges, fenêtres à claustra, frise ajourée |
| Palais de la Zisa | À partir de 1165 | Nom tiré de l’arabe al-Aziz, iwan, fontaine intérieure, système de ventilation naturelle |
| Palais de la Cuba | 1180 | Pavillon royal jadis entouré d’un bassin, inscription arabe au sommet |
| Pont de l’Amiral | Vers 1131 | Ouvrage d’ingénierie attribué à Georges d’Antioche |
| Cathédrales de Monreale et Cefalù | 1174 et 1131 | Arcs entrelacés, marqueteries de pierre polychrome, influences islamiques mêlées aux mosaïques byzantines |
Les monuments incontournables, lus avec un regard musulman
La Chapelle Palatine : le plafond qui a fait parler toute l’Europe

Si vous ne deviez visiter qu’un seul lieu, ce serait celui-ci. Située au cœur du Palais des Normands, sur le site de l’ancien palais des émirs, la Chapelle Palatine est un choc visuel. Les murs sont couverts de mosaïques byzantines dorées, mais c’est en levant la tête que le voyageur musulman comprend où il se trouve.
Le plafond de la nef est un ensemble de muqarnas, ces alvéoles en bois disposées en stalactites, entièrement peintes. On y distingue des scènes de cour, des musiciens, des danseurs, des animaux, des motifs végétaux, et surtout des inscriptions en écriture coufique formulant des vœux de prospérité et de gloire pour le souverain. Les historiens de l’art rapprochent ce décor des ateliers fatimides d’Égypte. C’est l’un des plus vastes cycles de peinture islamique médiévale conservés au monde, et il se trouve au-dessus d’un autel chrétien.
Ceux qui ont déjà vu les plafonds de l’Alhambra de Grenade reconnaîtront la technique, mais le rendu est différent : à Palerme, le bois est peint de figures, là où Grenade privilégie le stuc et la calligraphie. Pour mieux lire ces inscriptions, notre dossier sur l’art calligraphique islamique et ses formes contemporaines donne des repères utiles sur le coufique et ses variantes.
Conseil pratique : la chapelle est un lieu de culte catholique. Elle est fermée aux visiteurs le dimanche en fin de matinée pendant la messe. Une tenue couvrant les épaules et les genoux est exigée, ce qui ne pose en général aucune difficulté aux voyageurs habitués à une tenue modeste. Venez à l’ouverture, en semaine : l’affluence de la mi-journée rend l’observation du plafond difficile.
La cathédrale : une mosquée sous la pierre
La cathédrale de Palerme s’élève à l’emplacement de la grande mosquée de la ville, elle-même bâtie sur une basilique plus ancienne. Après 1072, la mosquée est convertie en église, puis l’archevêque Gautier Ophamil fait reconstruire l’édifice à partir de 1185.
Le détail que la plupart des visiteurs manquent se trouve sous le portique sud : l’une des colonnes porte une inscription en arabe gravée, vestige réemployé de l’époque islamique. Les guides la signalent rarement. Prenez le temps de la chercher. Sur les façades latérales, les arcs entrelacés et les décors géométriques en pierre de lave rappellent eux aussi le vocabulaire architectural de l’Afrique du Nord.
Saint-Jean-des-Ermites et San Cataldo : les coupoles rouges
C’est l’image que tout le monde associe à Palerme arabo-normande. Saint-Jean-des-Ermites, à quelques minutes du palais, aligne cinq coupoles hémisphériques d’un rouge profond posées sur des volumes cubiques presque nus. Le cloître, planté d’orangers, de palmiers et de figuiers de Barbarie, offre l’un des rares moments de calme du centre historique.
San Cataldo, sur la place Bellini, reprend le même principe avec trois coupoles et des fenêtres à claustra qui filtrent la lumière. L’intérieur est dépouillé, presque austère. Beaucoup de voyageurs musulmans décrivent ici une impression familière, celle d’un espace pensé pour le recueillement plutôt que pour l’ostentation.
Juste à côté, La Martorana offre le contraste inverse : un intérieur saturé de mosaïques, fondé par l’amiral Georges d’Antioche, un chrétien arabophone né en Syrie, qui a longtemps servi les souverains musulmans d’Ifriqiya avant de rejoindre la cour de Roger II. Son parcours résume à lui seul la Sicile de l’époque.
La Zisa et la Cuba : les palais d’agrément des rois

La Zisa tire son nom de l’arabe al-Aziz, « le Splendide ». Construite à partir de 1165 sous Guillaume Ier et achevée sous son fils, elle était la résidence d’été de la cour, au milieu d’un vaste parc royal que les sources appellent le Genoard, de l’arabe jannat al-ard, le « paradis de la terre ».
L’intérieur conserve une salle de la fontaine remarquable : l’eau jaillissait d’une niche décorée de muqarnas, glissait sur une plaque de marbre cannelée, puis courait dans une rigole jusqu’aux bassins extérieurs. Le bâtiment était conçu pour rester frais en été grâce à un système de circulation d’air, un savoir-faire directement hérité de l’architecture islamique. Le palais abrite aujourd’hui un musée d’art islamique, petit mais très instructif.
La Cuba, construite en 1180 sous Guillaume II, est plus modeste mais tout aussi évocatrice. Ce pavillon se dressait autrefois au milieu d’un bassin artificiel, comme posé sur l’eau. Une inscription en arabe court au sommet de ses murs. Comptez une petite heure de visite, idéalement en fin d’après-midi.
La Kalsa et le Cassaro : les quartiers qui parlent arabe
Palerme a gardé la toponymie de son passé. Le Cassaro, nom populaire de l’axe principal (aujourd’hui Corso Vittorio Emanuele), vient de l’arabe al-Qasr, le palais ou la citadelle. La Kalsa perpétue le souvenir d’al-Khalisa, la ville des émirs. Le marché de Ballarò porterait, selon plusieurs historiens, le nom d’un village de la plaine d’où venaient les marchands.
Se promener dans ces quartiers, c’est suivre un tracé de ruelles étroites, de cours intérieures et d’impasses qui rappelle davantage une médina que la plupart des villes italiennes. Les voyageurs qui connaissent la médina de Tunis ou celle de Fès font souvent la comparaison spontanément.
L’héritage invisible : savoirs, eau, langue et saveurs
Al-Idrisi et le Livre de Roger
L’un des héritages les plus importants de la Palerme arabo-normande ne se visite pas. En 1154, le géographe al-Idrisi, né à Ceuta et formé à Cordoue, achève pour Roger II un traité monumental, le Kitab Rujar (كتاب رجار), le « Livre de Roger ». Accompagné d’une grande carte du monde gravée sur argent, aujourd’hui perdue, ce texte compile les connaissances géographiques de l’époque, de l’Atlantique à la Chine, à partir de récits de voyageurs soigneusement recoupés.
Pendant plusieurs siècles, cette œuvre a fait partie des descriptions du monde les plus complètes disponibles. Elle illustre le rôle de Palerme comme carrefour entre la science arabe et l’Europe latine, un sujet que nous développons dans notre rétrospective sur l’impact de l’islam sur la science moderne.
Un autre témoin précieux est le voyageur andalou Ibn Jubayr, qui traverse la Sicile en 1184 et 1185 au retour de son pèlerinage. Son récit décrit une communauté musulmane encore vivante à Palerme, avec ses mosquées, ses marchés et ses lettrés, mais aussi l’inquiétude croissante de ses membres face à un avenir incertain. Son témoignage est aujourd’hui une source majeure pour les historiens de la Sicile médiévale.
Les qanats : l’eau sous la ville

Les ingénieurs de l’époque islamique ont doté Palerme d’un réseau de qanats (قناة), des galeries souterraines légèrement inclinées qui captent les nappes phréatiques et acheminent l’eau par gravité. Cette technique, venue du monde persan et diffusée dans tout le monde musulman, a permis d’irriguer la Conca d’Oro, la plaine fertile qui entoure la ville.
Certaines de ces galeries se visitent aujourd’hui avec des guides spécialisés, casque sur la tête et bottes aux pieds. L’expérience n’est pas faite pour les personnes claustrophobes, mais elle offre une compréhension très concrète de ce que l’agriculture sicilienne doit aux savoir-faire venus d’Ifriqiya et d’Orient.
Agrumes, sucre et mots arabes
Les agronomes arabes ont introduit ou largement développé en Sicile la culture des agrumes, de la canne à sucre, du riz, du coton, du mûrier et de plusieurs épices. Le paysage sicilien, avec ses vergers d’orangers et de citronniers, porte encore leur marque.
La langue sicilienne a conservé plusieurs centaines de mots d’origine arabe, selon les linguistes. Quelques exemples se retrouvent dans la vie quotidienne :
| Mot sicilien | Origine arabe | Sens |
|---|---|---|
| zibibbu | zabib | raisin sec, cépage muscat |
| giuggiulena | juljulan | sésame |
| gebbia | jabiya | bassin d’irrigation |
| cassata | qas’a (selon une hypothèse répandue) | gâteau à la ricotta, à l’origine servi dans un récipient |
| Cassaro | al-Qasr | la citadelle, l’axe principal |
En cuisine, l’héritage est tout aussi perceptible : le goût prononcé pour les amandes, la pistache, le sésame, la cannelle et les fruits confits, ou encore le couscous de poisson de la région de Trapani, que l’on appelle cuscusu. Côté pratique, notez que les pâtisseries siciliennes contiennent parfois de la gélatine ou de l’alcool, et que la ricotta ne pose en général pas de problème. Demandez la composition sans hésiter : les pâtissiers palermitains ont l’habitude des questions.
Palerme musulmane aujourd’hui : prier, manger, se loger
Où prier à Palerme
La communauté musulmane de Palerme est aujourd’hui composée principalement de familles d’origine tunisienne, marocaine, bangladaise, sénégalaise et ghanéenne. Les deux mosquées de la ville se trouvent dans le quartier du Capo, à quelques centaines de mètres l’une de l’autre, au cœur d’un marché populaire. L’accueil y est décrit comme simple et chaleureux par les voyageurs de passage, surtout pour la prière du vendredi.
Pour la direction de la prière, la Qibla (قبلة) depuis Palerme est orientée au sud-est, autour de 119° par rapport au nord géographique. La boussole Qibla en ligne vous donne l’orientation exacte depuis votre chambre d’hôtel, ce qui reste le plus pratique dans une ville aux rues tortueuses.
Pendant les journées de visite, les monuments arabo-normands étant des églises ou des musées, il faut prévoir vos moments de salat (صلاة) à l’hôtel, dans l’une des mosquées du Capo ou dans un parc calme. Si vous êtes en déplacement, les règles de la prière raccourcie et du regroupement peuvent vous concerner : notre guide sur le fiqh du voyageur et la prière en qasr et jam’ rassemble l’essentiel pour organiser vos journées.
Manger halal
Le constat est clair : le halal se trouve dans les marchés du centre historique, pas dans les beaux quartiers. À Ballarò et au Capo, vous trouverez des boucheries halal, des épiceries maghrébines et bangladaises, ainsi que des petits restaurants tunisiens où l’on sert couscous, brik et grillades à prix modeste.
Pour la street food locale, soyez vigilant. Les célèbres arancine existent en version végétarienne ou au fromage, mais la version classique est à la viande hachée non certifiée. Le pani ca meusa (pain à la rate) et le stigghiola (boyaux grillés) sont à exclure. Les panelle (beignets de farine de pois chiche) et les cazzilli (croquettes de pomme de terre) sont en revanche généralement sans ingrédient d’origine animale, à condition de vérifier l’huile de friture. Pour une méthode complète, notre article sur les stratégies pour trouver du halal en déplacement s’applique parfaitement à la Sicile.
Où dormir
Le choix du quartier compte davantage que le standing de l’hôtel. Les secteurs recherchés habituellement, comme le front de mer, Mondello ou le Politeama, vous éloignent des mosquées et des adresses halal. Les quartiers du Capo, du Cassaro et des Quattro Canti sont les plus cohérents : vous êtes à pied des monuments arabo-normands, des marchés et des lieux de prière.
Nous avons sélectionné et comparé les options dans notre guide des hôtels muslim-friendly à Palerme, classés par budget avec la distance aux mosquées et aux marchés. Précision honnête : aucun établissement palermitain n’est certifié halal, et le haut de gamme est surtout fait de palais historiques restaurés.
Itinéraire conseillé : trois jours dans la Palerme arabo-normande
Trois jours suffisent pour voir l’essentiel sans courir. Voici un découpage qui fonctionne, en tenant compte des horaires des lieux de culte et de la chaleur.
| Jour | Matin | Après-midi | Soir |
|---|---|---|---|
| Jour 1 | Palais des Normands et Chapelle Palatine (à l’ouverture) | Saint-Jean-des-Ermites, puis cathédrale et colonne à inscription arabe | Promenade sur le Cassaro, dîner au Capo |
| Jour 2 | San Cataldo et La Martorana, marché de Ballarò | Kalsa, pause au calme, visite d’un qanat | Prière au Capo, repas tunisien |
| Jour 3 | Excursion à Monreale (cathédrale et cloître) | Retour, palais de la Zisa et musée d’art islamique | Palais de la Cuba en fin de journée |
Ajoutez une quatrième journée pour Cefalù, à environ une heure de train, dont la cathédrale fait partie du même ensemble UNESCO. Les voyageurs qui disposent d’une semaine peuvent aussi pousser jusqu’à Mazara del Vallo, le point de débarquement de 827. La ville abrite une importante communauté d’origine tunisienne et une casbah dont les ruelles rappellent immédiatement l’autre rive de la Méditerranée. Pour prolonger vers l’est de l’île, notre sélection d’hôtels muslim-friendly à Catane permet d’enchaîner avec l’Etna et Syracuse.
Quand partir et comment préparer son séjour
La meilleure période pour découvrir Palerme arabo-normande est avril-mai, puis fin septembre et octobre. Les températures sont douces, entre 20 et 26 °C en journée, et les files d’attente restent raisonnables. En juillet et en août, la chaleur dépasse souvent 32 °C, les monuments sont bondés et marcher dans le centre historique devient éprouvant, surtout pendant un jeûne.
| Période | Climat | Affluence | Notre avis |
|---|---|---|---|
| Novembre à février | Doux, pluies fréquentes | Faible | Idéal pour les budgets serrés, journées courtes |
| Mars à mai | Doux et ensoleillé | Moyenne | La meilleure fenêtre, sans hésitation |
| Juin à août | Chaud à très chaud | Très forte | À éviter si possible |
| Septembre à octobre | Chaud puis doux | Moyenne | Excellente alternative au printemps |
Côté budget, Palerme reste l’une des grandes villes les plus abordables d’Italie. Comptez un budget journalier modéré hors hébergement, les entrées des monuments restant accessibles, avec des billets combinés proposés pour plusieurs sites. Pour estimer votre séjour en fonction de votre profil, le calculateur de budget voyage vous donne une fourchette réaliste en quelques clics.
Quelques conseils issus des retours de voyageurs :
- Réservez la Chapelle Palatine en ligne en haute saison, les créneaux du matin partent vite.
- Prévoyez une tenue couvrante pour les églises : épaules et genoux couverts, ce qui convient à la plupart des voyageuses et voyageurs musulmans sans aucun ajustement.
- Méfiez-vous des pickpockets dans les marchés et sur le Cassaro, comme dans toutes les grandes villes touristiques.
- Pensez au ferry : des liaisons maritimes relient Palerme à Tunis, ce qui permet de combiner la Sicile avec un séjour en Tunisie, destination halal à part entière.
Palerme, Cordoue, Grenade : pourquoi comparer
La comparaison avec l’Andalousie revient dans presque tous les retours de voyageurs. Elle est légitime, mais les deux histoires diffèrent. En al-Andalus, l’architecture que l’on admire aujourd’hui a été majoritairement construite par des souverains musulmans. À Palerme, l’essentiel de ce qui subsiste a été bâti après la fin de l’émirat, par des rois chrétiens qui avaient choisi de conserver les savoir-faire, la langue administrative et une partie de l’esthétique de leurs prédécesseurs.
Cette différence rend Palerme singulière. On n’y contemple pas seulement ce que l’islam a construit, on y observe ce que d’autres ont voulu en garder. Si cette histoire vous parle, la lecture de notre article sur Cordoue et Grenade, l’héritage andalou vous permettra de mettre les deux expériences en regard, et d’envisager pourquoi pas un voyage en deux temps.
L’islamologue Ghaleb Bencheikh a souvent rappelé, dans ses travaux consacrés à l’histoire de la civilisation islamique, l’importance de ces zones de contact méditerranéennes où les savoirs ont circulé. Palerme en est l’un des exemples les plus tangibles, précisément parce que cette circulation est inscrite dans la pierre, dans l’eau et dans la langue.
L’héritage qui reste à lire
Palerme ne vous offrira ni l’appel à la prière au-dessus des toits, ni les minarets de Kairouan. Elle offre autre chose, de plus discret et peut-être de plus rare : une ville où un plafond chrétien parle arabe, où une colonne de cathédrale garde la mémoire d’une mosquée, où le nom d’un quartier conserve celui d’une citadelle d’émirs. Le voyageur attentif y trouve la preuve que l’héritage musulman de l’Europe ne se résume pas à l’Andalousie.
Venez avec le regard d’un lecteur plutôt que celui d’un touriste pressé. Levez les yeux dans la Chapelle Palatine, cherchez la colonne sous le portique, marchez jusqu’au Capo pour la prière du vendredi. Et pour préparer vos prochaines étapes, de la Sicile à la Méditerranée entière, la référence francophone du voyage halal vous attend. Palerme a parlé arabe pendant des siècles. Il suffit de savoir l’écouter.
