Manchester musulmane : du coton syrien à la Curry Mile
L'islam mancunien a une particularité que presque personne ne connaît : il ne commence pas dans les années 1960 avec l'immigration sud-asiatique, mais un demi-siècle plus tôt — avec des négociants en coton venus de Damas et d'Alep.
🧵 Début du XXᵉ siècle : les marchands syriens de Cottonopolis
Manchester est alors « Cottonopolis », la capitale mondiale du coton, et son négoce attire des marchands du monde entier. Parmi eux, des négociants syriens et levantins, installés dès le début du XXᵉ siècle, qui fondent les premières salles de prière de la ville. La communauté musulmane de Manchester naît ainsi du commerce — comme celle de Londres est née des docks.
Cette origine marchande explique une continuité : la Manchester Central Mosque de Victoria Park, dont le bâtiment dédié est lancé en 1971, est l'héritière directe de ces premières salles — un siècle d'islam local, antérieur de cinquante ans à l'image qu'on s'en fait.
🏭 L'après-guerre : l'usine, puis la rue commerçante
Comme à Birmingham, l'industrie d'après-guerre recrute massivement au Pakistan et au Bangladesh. Les ouvriers s'installent au sud du centre — Rusholme, Longsight, Levenshulme — et au nord, à Cheetham Hill. Quand les filatures ferment, la génération suivante se tourne vers le commerce : restaurants, épiceries, textile de détail.
C'est cette bascule qui crée la Curry Mile : sur Wilmslow Road, les cafés et grills pakistanais se multiplient jusqu'à former, dans les années 1980-1990, la plus célèbre concentration de restauration sud-asiatique d'Europe — au moins 70 établissements aujourd'hui sur un kilomètre.
📊 2021 : près de 123 000 musulmans
Le recensement de 2021 compte 122 962 musulmans dans la seule ville de Manchester — plus d'un habitant sur cinq — auxquels s'ajoutent les communautés importantes des villes voisines du Grand Manchester, Oldham et Rochdale en tête. Les origines dominantes restent pakistanaise et bangladaise, rejointes par des communautés arabes, somaliennes et libyennes.
Pour le voyageur, la traduction est concrète : des mosquées dans chaque quartier, un halal omniprésent au sud et au nord du centre, et une ville où le Ramadan structure visiblement la vie de quartiers entiers.
⚽ Le football, langue commune
Impossible de raconter Manchester sans le football — et le football mancunien parle aussi à notre lectorat : les deux clubs ont compté et comptent parmi leurs plus grandes stars des joueurs musulmans pratiquants, dont la piété assumée — prosternations après les buts, jeûne du Ramadan en pleine saison — a fait évoluer les habitudes de toute la Premier League, salles de prière dans les stades comprises.
Pour le visiteur, cela donne une ville où les deux mondes de ce guide se croisent naturellement : on peut enchaîner la visite d'Old Trafford, la prière à Victoria Park et le dîner sur la Curry Mile — c'est même, à notre avis, la journée mancunienne parfaite.