Leicester, la ville-monde : comment on devient « majorité de minorités »
Leicester est passée en cinquante ans de ville industrielle anglaise ordinaire à l'une des villes les plus diverses d'Europe — un basculement dont l'histoire éclaire tout ce que le visiteur voit aujourd'hui.
🏭 Des bas et des chaussures
Le Leicester industriel, c'est le textile — la bonneterie surtout — et la chaussure : des centaines d'usines qui, comme à Bradford ou Birmingham, recrutent massivement après-guerre dans le Commonwealth. Les premières communautés indiennes et pakistanaises s'installent près des usines, à Highfields et Belgrave — déjà les deux pôles d'aujourd'hui.
✈️ 1972 : le tournant ougandais
Le moment décisif : en 1972, le dictateur Idi Amin expulse d'Ouganda toute la communauté d'origine indienne — environ 80 000 personnes déchues et chassées en trois mois. Des dizaines de milliers rejoignent la Grande-Bretagne, et Leicester en accueille une part considérable, gujaratis hindous et musulmans mêlés.
Ces familles de commerçants et d'entrepreneurs reconstruisent en une génération ce qu'elles avaient perdu : le Golden Mile est né de là. Et la ville apprend, plus tôt que les autres, à fonctionner comme une mosaïque.
🕌 La communauté musulmane : 23,5 % en 2021
Au recensement de 2021, Leicester compte 23,5 % de musulmans — contre 18,6 % dix ans plus tôt — d'origines indienne, pakistanaise, somalienne et est-africaine. La géographie est nette : Highfields dépasse 60 %, l'un des taux les plus élevés du pays, avec Evington Road et Green Lane Road comme artères.
L'infrastructure suit cette profondeur : la Central Mosque de Conduit Street, héritière de l'Islamic Centre fondé en 1968, dont la première pierre fut posée en 1988 — et des dizaines de mosquées de quartier. À Highfields, fait rare même au Royaume-Uni, le halal et le sans-alcool sont la norme par défaut de la restauration.
🌍 Aujourd'hui : aucun groupe majoritaire
Le recensement de 2021 a confirmé ce que la ville pressentait : aucun groupe ethnique n'y dépasse la moitié de la population — Leicester est l'une des premières grandes villes britanniques « majorité de minorités », avec Birmingham. Hindous (15 %+), musulmans (23,5 %), chrétiens, sikhs : la coexistence n'y est pas un discours, c'est l'organisation ordinaire de la ville.
Pour le voyageur musulman, la traduction est double : un quartier où tout est halal par défaut — et une leçon de géographie à retenir, celle de ce guide : l'est est musulman, le nord est hindou, et chacun des deux vaut la visite pour ce qu'il est vraiment.