Xelb, capitale du Gharb al-Andalus
Onze mille habitants aujourd'hui, un éperon et un fleuve qui n'est plus navigable — rien ne dit au visiteur pressé qu'il entre dans Madîna Shilb, la ville que les géographes arabes plaçaient au premier rang de l'extrême Occident musulman. Trois figures suffisent à la raconter.
🏛 Les Banu Muzayn, al-Mu'tamid et Ibn Ammar
La région passe à l'islam vers 716. Après l'éclatement du califat de Cordoue, Silves devient en 1027 le siège d'une taifa gouvernée par les Banu Muzayn — cinq souverains jusqu'en 1063, année où la ville est annexée par la puissante taifa de Séville. Suivent les Almoravides (1091-1145), une seconde taifa éphémère, puis les Almohades, à qui l'on doit l'essentiel de ce que l'on voit aujourd'hui.
Al-Mu'tamid ibn Abbad, futur émir de Séville et l'une des grandes figures littéraires d'al-Andalus, fut nommé par son père gouverneur de Shilb à vingt-trois ans, vers 1063. Attention à la nuance : il n'y fut pas roi de la taifa de Silves, mais gouverneur pour le compte de Séville. C'est ici qu'il rencontre Ibn Ammar, poète né à Silves en 1031, qui devient son ami intime puis son Premier ministre. L'histoire finit mal : après la trahison d'Ibn Ammar, qui s'était proclamé roi de Murcie, al-Mu'tamid le tua de ses propres mains en 1086.
☪️ Ibn Qasi et la révolte des Muridun
Troisième figure, et pont vers Mértola : Ibn Qasi, mystique soufi originaire de Silves, chef de la révolte des Muridun contre les Almoravides. Ses disciples prennent Silves, Beja et Mértola entre 1144 et 1145 ; Mértola devient leur capitale le 12 août 1144. Il finit gouverneur de Silves pour les Almohades, puis assassiné par ses propres fidèles en 1151, après avoir soutenu la remise de Silves aux forces chrétiennes.
⚔️ 1189, 1242 — et ce que l'on ne dira pas
En 1189, Sancho Ier de Portugal prend Silves avec l'appui d'une flotte de croisés nord-européens en escale, recrutés contre la promesse du butin. Après la reddition, les croisés pillèrent la ville et, désobéissant aux ordres du roi, tuèrent des habitants sur leur passage — fait constant dans les récits, y compris ceux des croisés eux-mêmes. Les Almohades reprennent la ville dès 1191. La conquête définitive intervient en 1242, par Paio Peres Correia, grand-maître de l'Ordre de Santiago — 1242, et non 1249, cette dernière date étant celle de la fin de la conquête de l'Algarve à Faro.
📜 Un mot sur la « Bagdad de l'Occident »
Vous lirez partout cette formule, « Silves, la Bagdad de l'Occident ». Elle n'a aucune origine médiévale : c'est le titre d'un article universitaire de 2017, repris ensuite par la communication touristique. Il existe infiniment mieux, et d'époque : le géographe al-Qazwini rapporte qu'à Silves, n'importe quel laboureur qui menait sa charrette à bœufs pouvait improviser des vers sur le thème qu'on lui proposait — anecdote transmise par l'arabisant Emilio García Gómez dans ses Poemas arabigoandaluces.