Aqui nasceu Portugal : la ville fondatrice, dite sans romance
Guimarães est le berceau du Portugal chrétien, fondée au IXᵉ siècle après la présence musulmane. Zéro héritage islamique — nous n'allons pas en inventer. Mais une histoire fondatrice qu'il faut raconter juste, et un seul monument lié à l'histoire islamique, qu'il faut nommer tel qu'il est.
IXᵉ s. — Vímara Peres, et pas d'al-Andalus
Les faits sont nets. Guimarães est fondée par Vímara Peres, comte asturien d'origine, au milieu du IXᵉ siècle, alors que la région est déjà repassée sous contrôle chrétien depuis plus d'un siècle. Le nom même de la ville, Vimaranes, vient du prénom germanique du fondateur. Aucun nom arabe, aucune attaque musulmane attestée dans les sources locales, aucun vestige, aucun objet islamique dans les collections du Museu de Alberto Sampaio. Nous avons vérifié ces collections pièce à pièce : elles sont entièrement européennes et chrétiennes.
Xᵉ s. — Mumadona Dias, et les Vikings (pas les Maures)
Un siècle plus tard, la comtesse Mumadona Dias fonde le monastère de São Mamede et fait bâtir le château, autour de 950-957. On lit souvent que ce château fut élevé contre « la menace musulmane » : c'est inexact. Le parchemin de 968 dans lequel Mumadona s'explique parle de protéger le monastère de l'attaque des gentios — les païens, terme réservé aux Vikings dans les sources ibériques de l'époque. Les musulmans, eux, sont désignés par sarracenos ou ismaelitas. Et en 968-969, un chef viking ravage précisément la Galice voisine. La correction compte : elle rend à Mumadona son vrai geste, et au château son vrai adversaire.
1128 — Bataille de São Mamede, mère contre fils
La bataille de São Mamede, le 24 juin 1128, est l'événement fondateur du royaume de Portugal : Afonso Henriques y bat sa propre mère, Teresa de Leão, et son beau-père Fernão Peres de Trava. On lit parfois que ce fut « une bataille contre les Maures » : ce n'est pas le cas. C'est une guerre interne entre dynasties chrétiennes du nord-ouest ibérique, pour le contrôle du comté portucalense. L'indépendance du royaume est reconnue en 1143 par le traité de Zamora, puis par la bulle papale Manifestis probatum en 1179. Né à Guimarães en 1109 (ou 1106 selon les sources), Afonso Henriques y est aussi mort à 76 ans, en 1185.
Le Padrão do Salado, et pourquoi nous en parlons
Un seul monument de Guimarães a un rapport direct avec l'histoire islamique, et l'honnêteté commande de dire lequel et pourquoi. Sur le Largo da Oliveira, le Padrão do Salado — un édicule gothique classé monument national — a été érigé par le roi Afonso IV pour commémorer la bataille du Salado, le 30 octobre 1340, remportée par les royaumes chrétiens d'Alphonse XI de Castille et d'Afonso IV de Portugal contre les Mérinides d'Abu al-Hasan et les Nasrides de Grenade.
C'est donc un monument de victoire chrétienne sur des armées musulmanes. Nous le mentionnons sobrement, parce que c'est un fait d'histoire européenne, il est là, et vous passerez devant. Deux autres idées reçues à écarter au passage : le cloître de la collégiale n'est pas d'origine « mozarabe » — l'affirmation n'est étayée par aucune source, et le mot désigne de toute façon un art chrétien arabisé —, et le Museu de Alberto Sampaio ne conserve aucune pièce islamique. Pour le vrai patrimoine du Gharb al-Andalus, il faut descendre vers Mértola, Silves ou Faro, où la période musulmane a duré cinq siècles.
📜 Lire la ville autrement
Trois gestes simples pour inscrire ce fil dans la visite : lire l'inscription Aqui nasceu Portugal sur un pan de muraille en contrebas du château, passer sous le Padrão do Salado sur le Largo da Oliveira sans en faire une attraction, et traverser le Museu de Alberto Sampaio en gardant à l'esprit que ses collections sont entièrement européennes.