Ponta Delgada pour le voyageur musulman : une île sans passé andalou
Ici, la question de l'héritage islamique ne se pose même pas : les Açores ont été peuplées deux siècles après la fin d'al-Andalus au Portugal. Mais il reste une légende, et elle est vraie.
🗓 Peuplées à partir de 1444 — la chronologie règle tout
Il n'y a pas d'héritage islamique aux Açores, et ce n'est pas faute d'avoir cherché : c'est chronologiquement impossible. L'île de São Miguel commence à être peuplée à partir de 1444 ; vers 1450, un navigateur du nom de Pêro de Teive installe un petit village de pêcheurs à l'emplacement de Ponta Delgada, qui obtient le statut de bourg en 1507 et de cité en 1546. Or la présence musulmane au Portugal s'achève au XIIIᵉ siècle. Deux siècles séparent la fin d'al-Andalus du premier feu allumé sur ces îles : il n'y a jamais eu ici de période musulmane, pas un vestige, pas un toponyme arabe, pas une pierre. Nous l'écrivons noir sur blanc — et c'est précisément ce qui donne du poids à nos pages de Mértola, Silves ou Faro, où le Gharb al-Andalus a duré cinq cents ans.
🏞 Sete Cidades : le seul lien, et c'est une légende
Il subsiste pourtant un fil, ténu et joli, et il concerne le site le plus photographié de l'île. Le nom de Sete Cidades — les « Sept Cités » — renvoie à une vieille légende atlantique : celle de l'île d'Antillia, où sept évêques wisigothes fuyant la conquête musulmane de la péninsule en 711 seraient partis vers l'ouest fonder sept villes. Le globe de Martin Behaim, en 1492, porte encore l'inscription racontant que « toute l'Espagne ayant été envahie », cette île fut peuplée par l'archevêque de Porto et six autres évêques ; l'île apparaît sur les cartes marines dès 1424, et une théorie du XVIᵉ siècle a voulu l'identifier à São Miguel. C'est une légende, pas une histoire — et nous la présentons comme telle. Mais elle est vraie en tant que légende, et elle a de quoi émouvoir : le lieu le plus célèbre des Açores porte, sans que presque personne le sache, le nom d'un exil né de 711.
🕌 La communauté aujourd'hui, et deux légendes à écarter
Une petite communauté musulmane vit bien à Ponta Delgada : elle est organisée depuis au moins 2011, dispose d'une association cultuelle enregistrée, et la télévision régionale filmait son espace de prière en 2019. Le recensement de 2021 comptait 69 musulmans dans tout l'archipel, question facultative et avant la vague migratoire récente — autant dire une poignée de familles, dont l'existence même mérite d'être saluée. Mais aucune adresse n'est vérifiable aujourd'hui, et nous n'en inventerons pas. Enfin, deux affirmations à écarter, parce qu'elles traînent partout : non, le Forte de São Brás de Ponta Delgada n'a pas été bâti contre les corsaires barbaresques — les documents du XVIᵉ siècle sont explicites, il a été élevé contre les corsaires français, et aucun raid nord-africain sur Ponta Delgada n'est documenté. Et non, aucun navigateur musulman n'a « découvert » les Açores : les récits qu'on invoque parfois désignent, quand ils désignent quelque chose, Madère ou les Canaries. Les Açores sont une île sans passé andalou, et une île magnifique. Les deux sont vrais.