Monet, Jeanne d'Arc et l'aître
Trois pans de l'imaginaire rouennais, trois lieux à voir dans la ville. Les dates matérialisent chacun.
1431 : le bûcher de Jeanne d'Arc
Capturée à Compiègne le 23 mai 1430 et vendue aux Anglais, Jeanne d'Arc est amenée à Rouen, alors sous occupation anglaise. Son procès en condamnation se tient dans la salle de l'Officialité, voisine du cloître de la cathédrale, de janvier à mai 1431. Le 30 mai 1431, elle est brûlée vive place du Vieux-Marché, à dix-neuf ans. Un procès en nullité, ouvert à la demande de sa mère et validé par le pape Calixte III, l'innocente le 7 juillet 1456. Elle est canonisée par Benoît XV le 16 mai 1920.
Sur place : l'église Sainte-Jeanne-d'Arc (1979), en coque renversée, encastre les vitraux Renaissance de l'ancienne église Saint-Vincent détruite en 1944. Le Historial Jeanne-d'Arc, installé dans l'archevêché (ouvert en 2015), raconte le procès dans les salles mêmes qui l'ont vu se tenir.
1892-1894 : la série de la cathédrale par Monet
Claude Monet s'installe à Rouen pour peindre trente toiles de la façade de la cathédrale, en 1892 puis en 1893, depuis trois fenêtres louées en face de la cathédrale (dont l'une au-dessus d'une boutique de mode). Il retravaille les tableaux dans son atelier de Giverny en 1894, et expose vingt toiles chez Durand-Ruel à Paris en mai 1895. La série, étudiée aux heures du jour et aux saisons, est l'un des sommets de l'impressionnisme et un cas d'école de la peinture en série.
Sur place : cinq de ces toiles sont au musée d'Orsay, deux au musée Marmottan Monet, et le musée des Beaux-Arts de Rouen en conserve une. La façade elle-même reste la plus fidèle : regardez-la à midi (plein soleil), puis au crépuscule, puis sous la pluie — c'est précisément ce qu'a fait Monet.
XIVᵉ-XVIᵉ : la peste et l'aître Saint-Maclou
L'épidémie de peste noire frappe Rouen en 1348 et revient par vagues jusqu'à la fin du XVIIᵉ siècle. La paroisse Saint-Maclou, saturée, décide à partir de 1526 d'adjoindre à son cimetière un ensemble à colombages à trois galeries puis quatre, servant tour à tour de cimetière, de charnier et d'ossuaire. Les poutres sont sculptées de crânes, de tibias, de pelles et de cercueils — un décor rare en Europe, documentaire plus que macabre.
L'aître cesse ses fonctions funéraires à la fin du XVIIIᵉ siècle. Après une longue période scolaire, il est restauré de 2016 à 2020 et abrite aujourd'hui l'École supérieure d'art et design Le Havre-Rouen. L'entrée est libre, le lieu se visite silencieusement.
🧭 Dans quel ordre les voir
Un bon ordre pour un séjour court : Jeanne-d'Arc au Vieux-Marché le matin, cathédrale et beffroi du Gros-Horloge en journée, aître Saint-Maclou en fin d'après-midi (il ouvre jusqu'au soir en été), musée des Beaux-Arts le lendemain matin pour voir la toile de Monet puis repartir le regard formé vers la vraie façade.