La grande mosquée de Lisbonne, la Mesquita Central, se trouve sur l’Avenida José Malhoa, près de la Praça de Espanha, à une vingtaine de minutes de métro du centre historique. Le quartier de la Mouraria, au pied du château, abrite quant à lui plusieurs salles de prière plus modestes et la plus forte concentration de tables halal de la capitale. Ce sont les deux points d’ancrage de tout séjour à Lisbonne pour un voyageur musulman : la mosquée pour la sérénité de la prière, la Mouraria pour l’histoire et la vie de quartier.
Beaucoup de voyageurs arrivent au Portugal avec une idée floue. Ils ont lu que le pays était très catholique, ils s’attendent à devoir improviser pour prier et à manger du poisson grillé pendant une semaine. La réalité est plus nuancée, et plus belle. Lisbonne a été une ville musulmane pendant plus de quatre siècles, sous le nom d’al-Ushbuna (الأشبونة). La mémoire de cette époque affleure partout : dans le nom de l’Alfama, dans les murailles du château, et surtout dans la Mouraria, le « quartier des Maures », dont le nom seul raconte une histoire.
Aujourd’hui, la communauté musulmane portugaise compte plusieurs dizaines de milliers de personnes, en grande majorité installées dans la région de Lisbonne. Elle est ancienne, discrète, bien organisée, et d’origines très variées : Mozambique, Guinée-Bissau, Inde, Pakistan, Bangladesh, Maghreb. Ce guide vous emmène de la grande mosquée des Avenidas Novas aux ruelles de la Mouraria, avec ce qu’il faut savoir pour prier, manger et visiter en gardant votre pratique intacte.
La Mesquita Central, cœur de l’islam portugais
Une histoire récente, une institution solide
La Mesquita Central de Lisboa est la plus grande mosquée du Portugal. Son histoire est liée à celle de la Comunidade Islâmica de Lisboa, fondée en 1968, bien avant la révolution des Œillets. Le chantier démarre en 1979, sur des plans des architectes António Maria Braga et João Paulo Conceição, et le lieu de culte est inauguré le 29 mars 1985. Plusieurs pays à majorité musulmane ont contribué au financement, dont l’Arabie saoudite et le Koweït.
Rénovée au début des années 2000, la mosquée est dirigée depuis de longues années par le cheikh David Munir, une figure respectée bien au-delà de la communauté. Il a notamment accueilli le dalaï-lama en 2007, lors d’une rencontre interreligieuse restée célèbre à Lisbonne. Ce détail résume bien l’esprit du lieu : une mosquée ouverte, intégrée, habituée au dialogue.
Ce que vous trouverez sur place

L’édifice mêle une architecture moderne et des références classiques : minaret élancé, coupole, grande salle de prière aux tapis épais, espace réservé aux femmes. Le complexe ne se limite pas à la salle de prière. On y trouve une bibliothèque, des salles d’enseignement, des espaces de réunion et un restaurant ouvert à tous, de cuisine indienne. Pour beaucoup de voyageurs, c’est la première adresse sûre de leur séjour, et elle devient vite une cantine.
Les retours de voyageurs convergent sur un point : l’accueil y est calme et bienveillant, y compris pour un visiteur de passage qui ne parle pas portugais. L’anglais suffit largement, et il n’est pas rare que des fidèles d’origine maghrébine ou ouest-africaine glissent quelques mots en français.
Prier le vendredi à la Mesquita Central
La prière du jumu’a (الجمعة) y rassemble une foule importante et cosmopolite. Le prêche est généralement donné en portugais, avec des passages en arabe. Arrivez en avance : la salle se remplit vite, surtout pendant les vacances scolaires et le mois de Ramadan, quand les iftars communautaires attirent du monde. Pour vous préparer sereinement à ce rendez-vous hebdomadaire, notre article sur l’impact et la préparation de la prière du vendredi donne de bons repères.
Les visiteurs non musulmans ou les groupes peuvent demander une visite guidée, à organiser à l’avance auprès de la communauté. Pour tous, les règles de base s’appliquent : tenue couvrante, chaussures retirées, discrétion pendant les prières. Si vous voyagez avec des proches qui découvrent un lieu de culte musulman, notre guide sur l’adab de la mosquée leur évitera tout faux pas.
S’y rendre
La mosquée se trouve dans le quartier des Avenidas Novas, à quelques minutes à pied de la station Praça de Espanha (ligne bleue du métro). Depuis la Baixa ou le Rossio, comptez une vingtaine de minutes de trajet. C’est aussi un quartier pratique pour loger : notre sélection d’hôtels muslim-friendly à Lisbonne compare plusieurs adresses situées à quelques minutes à pied de la mosquée, triées par budget.
La Mouraria, le quartier des Maures
Un nom qui porte huit siècles d’histoire
Pour comprendre la Mouraria, il faut remonter à 1147. Cette année-là, le roi Afonso Henriques prend Lisbonne après un long siège. La ville musulmane bascule, et les habitants musulmans qui restent sont regroupés hors des murailles, sur le versant nord de la colline du château. Ce quartier devient la Mouraria, avec ses propres règles, sa propre juridiction, ses artisans et ses lieux de culte.
Pendant plus de trois siècles, la Mouraria vit comme une enclave. Puis, à la fin du XVe siècle, les décrets d’expulsion et de conversion forcée mettent fin à cette présence. Le quartier garde son nom, mais sa population change. Le muséologue Marc Terrisse, qui a consacré un livre à la Lisbonne musulmane, souligne que les traces de cette époque sont plus secrètes dans la capitale que dans l’Algarve ou l’Alentejo. C’est justement ce qui rend la Mouraria fascinante : il faut apprendre à la lire.
Le berceau du fado
Au XIXe siècle, la Mouraria est un quartier populaire, pauvre, vivant, souvent mal famé. C’est là que naît le fado, ce chant mélancolique devenu le symbole du Portugal. La chanteuse Maria Severa, considérée comme l’une des premières grandes figures du genre, y a vécu. Plusieurs musicologues ont d’ailleurs relevé les parentés possibles entre certaines inflexions du fado et les musiques du monde arabo-andalou, une hypothèse discutée mais séduisante quand on marche dans ces ruelles.
En vous promenant, vous croiserez des portraits de fadistes peints sur les façades, des guitares suspendues, des plaques anciennes aux noms évocateurs. Levez les yeux : la Mouraria se découvre à hauteur de fenêtre.
La Mouraria d’aujourd’hui : un carrefour du monde musulman
Le quartier a connu un second souffle à partir des années 1980 et 1990, avec l’arrivée de communautés venues du Bangladesh, de l’Inde, du Pakistan et du Népal. Le président du Centre islamique du Bangladesh racontait à la presse portugaise qu’à son arrivée dans le quartier en 1991, ils n’étaient que six Bangladais à Lisbonne. Aujourd’hui, la Rua do Benformoso et les rues voisines sont bordées d’épiceries, de boucheries, de boutiques de tissus et de petits restaurants tenus par ces communautés.
La Mouraria compte ainsi plusieurs salles de prière. Les deux plus connues sont la mosquée de la Rua do Terreirinho, de petite taille, et le Centre islamique du Bangladesh, dans le Beco de São Marçal, qui peut accueillir environ 500 fidèles sur deux niveaux. Le vendredi, ces lieux sont pleins à craquer, au point que des files d’attente se forment dans la rue et que certains fidèles prient à l’extérieur. Un projet de nouvelle mosquée sur l’axe Martim Moniz, discuté par la municipalité depuis plus d’une décennie, reste un sujet de débat local.
Notre conseil est simple : pour le jumu’a, privilégiez la Mesquita Central, plus spacieuse. Les salles de la Mouraria conviennent parfaitement pour les prières de la semaine, entre deux visites, à condition de rester discret et de respecter les horaires des fidèles réguliers.

Tableau récapitulatif : où prier à Lisbonne
| Lieu | Quartier | Accès | Taille | Idéal pour |
|---|---|---|---|---|
| Mesquita Central de Lisboa | Avenidas Novas, Av. José Malhoa | Métro Praça de Espanha (ligne bleue) | Grande, espace femmes, restaurant | Jumu’a, Ramadan, visite guidée |
| Mosquée de la Rua do Terreirinho | Mouraria | Métro Martim Moniz (ligne verte), tram 28 | Petite | Prière rapide en journée |
| Centre islamique du Bangladesh | Mouraria, Beco de São Marçal | Métro Martim Moniz ou Intendente | Moyenne, environ 500 places | Prières quotidiennes |
| Votre chambre d’hôtel | Partout | — | — | Fajr, Isha, jours de visite chargés |
Prier en voyage à Lisbonne : les repères pratiques
Orientation de la Qibla
Depuis Lisbonne, la Qibla (قبلة) est orientée presque plein est, légèrement vers le sud, autour de 98° par rapport au nord géographique. C’est une orientation facile à retenir : si vous regardez le Tage depuis un miradouro de l’Alfama, La Mecque se trouve à peu près sur votre gauche, dans la direction de l’estuaire. Pour une précision parfaite dans votre chambre, notre boussole Qibla en ligne fait le travail en quelques secondes depuis votre téléphone.
Horaires et décalage
Le Portugal continental a une heure de moins que la France. En été, les journées sont longues et la prière d’Isha tombe tard, ce qui compte pour qui visite la ville en soirée. En hiver, le rythme se resserre. Si vous arrivez de Paris, Bruxelles ou Genève, notre outil de calcul du décalage horaire pour les prières vous évite de décaler vos prières le premier jour.
Raccourcir et regrouper
Lisbonne est une ville de collines. Entre le château, Belém et une excursion à Sintra, les journées sont physiquement intenses et les trajets nombreux. Beaucoup de voyageurs se posent donc la question du raccourcissement et du regroupement des prières. Nous ne tranchons pas ces questions de jurisprudence, mais notre article sur la prière raccourcie (qasr) et le regroupement en voyage présente clairement les avis et les conditions habituellement retenus.
Un conseil de terrain : les églises et monuments sont nombreux, mais les parcs publics comme le Jardim da Estrela ou le Parque Eduardo VII offrent des coins calmes et propres pour prier sur un tapis léger, à l’écart de la foule.
Manger halal dans la Mouraria et ailleurs
Le triangle Martim Moniz, Mouraria, Arroios
La vraie bonne nouvelle de Lisbonne, c’est la nourriture. Le triangle formé par Martim Moniz, la Mouraria et Arroios concentre des dizaines de restaurants indiens, pakistanais, bangladais et népalais dont beaucoup affichent une viande halal. Les curries, biryanis, samoussas et naans y sont généreux et les prix restent parmi les plus doux de la ville.
Autour du Largo do Intendente, place réhabilitée devenue branchée, et le long de la Rua do Benformoso, vous trouverez aussi des boucheries et épiceries où faire des courses si vous logez dans un appartement avec cuisine. La place Martim Moniz accueille régulièrement des kiosques de street-food du monde entier. Attention, tous ne sont pas halal : demandez systématiquement.
La cuisine portugaise, avec discernement

La gastronomie portugaise est largement tournée vers la mer, ce qui simplifie la vie du voyageur musulman. La morue (bacalhau), déclinée en des dizaines de recettes, les sardines grillées, le poulpe ou les palourdes sont d’excellentes options. Restez toutefois attentif à plusieurs pièges fréquents :
- La bifana et la plupart des sandwichs de rue sont à base de porc.
- La soupe caldo verde est traditionnellement servie avec une rondelle de chouriço.
- Certaines sauces de fruits de mer sont montées au vin blanc ou à la bière.
- Quelques pâtisseries traditionnelles utilisent du saindoux (banha) ou de la gélatine.
Le célèbre pastel de nata est en principe préparé au beurre, mais les recettes varient d’une pâtisserie à l’autre : n’hésitez pas à poser la question. Pour les produits emballés achetés en supermarché, notre vérificateur d’additifs permet de contrôler rapidement les codes E douteux.
Sur les traces d’al-Ushbuna : un itinéraire d’une journée
La Lisbonne musulmane se visite à pied, en descendant la colline. Voici un parcours qui relie histoire, spiritualité et vie de quartier.
| Moment | Étape | Ce qu’il faut voir |
|---|---|---|
| Matin | Castelo de São Jorge | L’ancienne alcáçova, siège du pouvoir à l’époque musulmane, et les vestiges archéologiques du quartier islamique |
| Fin de matinée | Descente par l’Alfama | Les ruelles dont le nom viendrait de l’arabe al-hamma, la source chaude, et les miradouros sur le Tage |
| Midi | Sé de Lisbonne | La cathédrale, bâtie selon la tradition sur le site de la grande mosquée d’al-Ushbuna |
| Déjeuner | Mouraria | Un curry ou un biryani dans une adresse de la Rua do Benformoso |
| Après-midi | Ruelles de la Mouraria et Largo do Intendente | Les façades des fadistes, les escaliers, l’ambiance cosmopolite |
| Fin d’après-midi | Mesquita Central | La prière d’Asr ou de Maghrib, puis un thé au restaurant du complexe |
Quelques précisions de terrain. Le tram 28, qui part de la place Martim Moniz, traverse la Mouraria et l’Alfama : c’est l’image de carte postale de Lisbonne, mais il est souvent bondé. Montez tôt le matin ou marchez. Les rues sont pentues et pavées de calçada portuguesa, ce pavé de calcaire poli qui devient glissant par temps humide : de bonnes chaussures sont indispensables, surtout pour les familles.
Au château, les fouilles archéologiques ont mis au jour un cimetière musulman dont les défunts étaient orientés vers La Mecque, un détail qui touche souvent les visiteurs. Les guides spécialisés dans le patrimoine arabo-musulman de Lisbonne insistent sur ces signes discrets : une porte, un tracé de rue, un mot du vocabulaire. Le portugais compte d’ailleurs des centaines de mots d’origine arabe, d’azulejo à alface (la laitue).
Un fait méconnu : Lisbonne, capitale mondiale des ismaéliens
Peu de voyageurs le savent : Lisbonne a été choisie comme siège mondial de l’imamat ismaélien, à la suite d’un accord signé en 2015 entre l’État portugais et l’imamat. Le siège est installé dans le Palácio Henrique de Mendonça, un bel édifice du début du XXe siècle. La Fondation Aga Khan y mène aussi de nombreuses activités culturelles et sociales.
Sans entrer dans les distinctions entre traditions, ce choix dit quelque chose du Portugal : un pays qui a su construire une relation apaisée avec ses communautés musulmanes, loin des tensions que l’on observe ailleurs en Europe. C’est une des raisons pour lesquelles tant de voyageurs musulmans décrivent Lisbonne comme une capitale où l’on se sent simplement à l’aise.
Quand partir et combien de temps rester
La meilleure période pour découvrir la Mesquita Central et la Mouraria s’étend d’avril à juin et de mi-septembre à fin octobre. Les températures tournent alors autour de 20 à 26 °C, la lumière est magnifique et les ruelles restent praticables. Juillet et août sont chauds, très fréquentés, et les longues journées d’été repoussent tard la rupture du jeûne pour ceux qui voyagent pendant un Ramadan estival.
Trois jours suffisent pour Lisbonne intra-muros : une journée pour l’itinéraire musulman décrit plus haut, une pour Belém et le front du Tage, une pour les quartiers modernes et la mosquée. Ajoutez un quatrième jour pour Sintra, ses palais dans la brume et le Castelo dos Mouros, ancienne forteresse de l’époque musulmane : notre guide des hôtels muslim-friendly à Sintra vous aidera si vous choisissez d’y dormir.
| Période | Climat | Affluence | Notre avis |
|---|---|---|---|
| Avril à juin | Doux, ensoleillé | Moyenne | La meilleure fenêtre |
| Juillet et août | Chaud, sec | Très forte | Possible, mais chargé |
| Septembre et octobre | Agréable | Moyenne | Excellent choix |
| Novembre à mars | Frais, pluvieux | Faible | Idéal pour les petits budgets, prévoyez un parapluie |
Prolonger l’expérience au Portugal et au-delà
Si Lisbonne vous a donné envie d’explorer le passé musulman du pays, le sud en garde des traces encore plus visibles. Mértola conserve une église qui fut mosquée, avec son mihrab encore en place, et Silves, ancienne capitale régionale, domine la plaine avec son château de grès rouge. Notre guide du Portugal muslim-friendly présente vingt destinations, avec les lieux de prière vérifiés quand ils existent, et l’honnêteté de dire quand l’offre est mince.
Et si la mémoire d’al-Andalus vous attire, le voyage continue naturellement vers l’Espagne voisine. Notre itinéraire de sept jours à travers Grenade, Cordoue et Séville prolonge parfaitement un séjour lisboète. Pour d’autres lieux de culte chargés d’histoire mais peu connus du grand public, notre sélection de mosquées méconnues de l’histoire de l’islam nourrira vos prochaines envies.
Le mot de la fin
Lisbonne ne crie pas son héritage musulman. Elle le murmure, dans un nom de quartier, dans une muraille, dans une mélodie de fado qui semble venir de plus loin qu’on ne le croit. Il suffit de monter vers la Mouraria un vendredi, de voir des fidèles du Bangladesh, du Mozambique et du Maroc attendre ensemble devant une petite porte, puis de rejoindre la grande salle de la Mesquita Central, pour comprendre que l’histoire d’al-Ushbuna ne s’est jamais vraiment arrêtée. Elle a simplement changé de visages.
Préparez votre tapis, votre boussole et de bonnes chaussures : la ville aux sept collines vous attend. Et pour vos prochaines escapades, Salam Muslim rassemble destinations, outils de prière et guides pratiques pour voyager en restant fidèle à votre pratique.
